Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 22:37

La manière de terminer un « chapeau » (ndlr : l'espèce de résumé qui précède un reportage) donne une idée du degré pipo-pipole du journaliste.

Le chapeau de l’enquête de la semaine se termine par « PPDA s’en va. Laurence Ferrari arrive. Récit d’une révolution médiatique ».

Quant il n’a pas grand-chose à dire, le journaliste tombe facilement dans le sensationnel. Un changement de présentateur du journal télévisé de TF1, une révolution médiatique, ça sent le vent de l’Histoire, la grande, n’est-ce pas…

A la lecture, je pense plutôt au mot d’un humoriste : « Ma femme m’a quitté, mon chat est revenu. Une bête s’en va, une autre arrive. »

 

Plus bas, on apprend que PPDA serait la « quintessence » du journalisme selon l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu. Si la presse sombre dans le béni-oui-ouisme du pouvoir, l’inverse reste possible.

 

Le clou : Maud Fontenoy, jeune navigatrice « parrainée » par PPDA affirme : « J’espère qu’il aura le Goncourt. » Tout est possible, bien sûr, puisque ce prix a pour vocation d’aider un écrivain prometteur et peu connu. Giscard a bien été élu à l’Académie Française.

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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 21:01

Au jeu des 7 familles pipole, Challenges tente de tirer son épingle du jeu. Dans la famille Sarkosy, l’hebdo économique demande Jean, 21 ans, fils de son père.

Bon sujet cette semaine : une enquête sur les moins de trente ans et le travail. Mais, pas de chance, l’horreur médiatique a encore frappé.

Le manque d’indépendance de la presse se voit surtout à la manière dont les publications se copient les unes les autres – à quelques nuances près.

Faut-il du talent pour intéresser les gens sans céder à l’imagerie du pouvoir et du show-business ?

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Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /Juin /2008 22:28

Carla reçoit VSD chez elle, dans son intimité. « J’ai besoin de me protéger », dit-elle. Comme c’est mimi. Et elle se sent obligée de poser sur papier glacé pour mieux se protéger et servir, guitare au point, de bras armé à Nicolas Sarkosy. La reconquête de l’opinion, c’est un besoin, et il faut le satisfaire d’une façon ou d’une autre. On ne peut pas leur en vouloir aux époux Sarkosy, c’est dans leur nature. On ne peut pas en vouloir, non plus, à VSD, dont la fonction est l’existence sur papier glacé des gens du show-biz. Autant dire, le vide existentiel intersidéral.

La prolifération médiatique de Carla n’est pas encore terminée. Les médias n’en sont pas encore rassasiés. Moins que l’opinion dont une partie est déjà au bord de l’overdose. L’opinion, l’électorat ne sait pas comment « gérer dans sa tête » l’élection. C’est un sujet légèrement tabou. Lorsqu’une élection a des relents de Collaboration… On se tait dans les familles. Où sont ses électeurs ? demandait un chauffeur de taxi.

D’ici à une petite année, il faudra que l’Elysée trouve un autre chose. Un enfant peut-être, d’un commun accord entre les parents et les médias. Le couple et les médias décideront du moment opportun.

Ou alors, ça sera nouveau, un appel du large, pas un truc bidon comme la suppression de la réclame sur les chaînes publiques. Il faudrait un événement international, et que le Président rebondisse dessus.

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Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /Juin /2008 22:32



Sarkosy contrôle-t-il les medias ? se demande Le Point qui affiche, en contre-poids pipole, le visage de la présentatrice.

Si on s’en tient au nombre d’occurrences du personnage Sarkosy –son nom, sa tête, ses accessoires-, dans les médias, la réponse est contenue dans la question. Et la cover du Point illustre combien l’hebdo n’échappe pas à la volonté de prolifération présidentielle. Small Brother is watching you. La virilité du titre (le prénom du mari de la Présidente a été sucré, fichtre !) qui cherche à faire du Marianne une semaine après avoir tenté de faire du Paris Match n’y change rien.

S’il s’agit du remplacement rapide de Poivre par Ferrari, la réponse est non. Comme s’il était anormal qu’un présentateur de télévision, comme n’importe quelle autre personne, puisse être remplacé. Qui, on earth, serait incapable de présenter le JT ?
Que je sache, être présentateur de télé n’est pas un emploi garanti à vie. Qui ne s’est pas étonné, du reste, de sa momification télévisuelle ? C’est lassant les mêmes voix, les mêmes têtes, les mêmes mots, les mêmes manières. C’est là sans doute, pour Poivre, la chance de sa vie. Enfin, l’opportunité lui est offerte de se renouveler, de prendre l’air et d’en donner.

La collusion des médias et du pouvoir politique, en France, vient aussi de ce sentiment de rente. On s’accroche à sa place. Comme si les gens des médias et de la politique étaient incapables de faire autre chose. A la télé, comme ailleurs, on parle de la précarité. Rien ne remplace l’expérience pour savoir de quoi on parle. Et le PPDA est encore loin de savoir de quoi on parle. Très loin. Un pays lointain, la précarité. On va lui indiquer un bon tour operator et un guide local. Et puis, n’est-ce pas, quelle révolution, Laurence Ferrari remplace PPDA : avec quelques traits d’union, on notera un air de famille. C’est un non événement. Faire du pipole, c’est faire un événement d’un non événement.

Surtout, quelle importance accorder au JT de 20 heures ? C’est l’heure de l’apéro, on parle en même temps ; les cuillères résonnent dans les casseroles ; les allers et venues entre la cuisine et la salle à manger prennent le dessus ; d’autres ont pris de l’avance, les estomacs glougloutent ou digèrent. Le JT, c’est une présence visuelle familière, un bruitage d’ambiance.

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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 22:31

Bizarre bizarre, me dis-je en passant-là, cette voiture noire est étrange. Rutilante, une tonalité clinquante, légèrement bling-bling diraient d'autres, pas une trace de frottement ni de crotte de pigeon, vitres fumées, jantes fantaisie, pneus taille basse, un peu à la manière des jeans raz-de-fesses, mais avec un zest d’allure sportive. Une vraie-fausse limousine. Un gros cube de chez Chrysler, un brin customisé.

 

Qui pouvait conduire cet engin garé-là, place de la Bourse, devant le siège du Nouvel Observateur ?

 

Un maffieux de l’Est ? Un nouveau riche fan de « Taxi » (bessonade marseillaise) ?


Ah, voilà un homme qui sort de l’immeuble et vient s’installer à l’arrière. La voiture démarre. J’avais pas vu le chauffeur derrière les vitres noires. C’est le monsieur intello de gauche, tout nouveau directeur général du groupe de presse Nouvel Observateur, membre du nouveau Think Tank Terra Nova, destiné à la rénovation intellectuelle du Parti Socialiste.

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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 22:07

Et c’est alors que la nouvelle tombe. Patrick Poivre d’Arvor sera remplacé par Laurence Ferrari. Un bouleversement dans le PAF (Paysage Audiovisuel Français). Une époque se termine, une nouvelle ère commence. Une information d’une ampleur considérable. Tout le PIF (Paysage Internet Français) la reprend, la placarde, en fait des sondages sur les portails du ouebe : « PPDA s’en va, Laurence Ferrari le remplace : donnez votre avis ». Et les commentaires, par centaines, se déclinent avec d’infinies variantes : « on s’en fout..! »


Quelle révolution, n’est-ce pas ? Poivre dévissé de son siège de 20 ans. Ré-apparition de Laurence Ferrari, sorte de produit physique dérivé de Claire Chazal, ex présentatrice des news sur TF1. A quelques milliers de pixels près toutefois. Un tout petit monde. Sa couverture des magazines pipole est meilleure que celle de Poivre. C’est une explication. Comment un aussi petit monde peut-il produire une aussi grande nouvelle ?


Pendant ce temps-là, ma graine de baobab germe, et ça, c’est de la news autrement plus étonnante. Et je fais l’économie de la démonstration.

Par antonin sisteron - Publié dans : Mediapsycho
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Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /Juin /2008 23:15

Le Point vient de rejoindre L’Express. Les deux hebdomadaires phare de la presse écrite française sont à Voici ce que Le Figaro Madame est à LUI. Ce sont des versions SOFT de leur genre.

Monsieur va acheter l’édition du week-end du Figaro, et il peut en prime reluquer de jolies Madames. Le Figaro Madame, c’est le plus discret des magazines érotiques. C’est dire, il est même parfois le seul disponible dans ces isoloirs de clinique où Monsieur est prié de produire sa semence pour la fécondation in vitro de Madame.

 

Monsieur ou Madame vont acheter L’Express ou Le Point, c’est plus SOFT que Gala. Leur côté pipole, ce n’est qu’une question de degré, de nuance. Ces deux-là ont encore l’image du magazine d’enquêtes de société. L’honneur social paraît sauf, pas encore malsain.  En fait, ces deux publications passent le plus clair du restant de leur vie à titiller le « besoin pipole » du citoyen, avec une spécialité cependant, une couverture particulière : le politique. Ils brillent dans le commérage autour du pouvoir, et sombrent dans son béni-oui-ouisme.

 

Le Point, pour lequel j’avais encore un sentiment professionnel favorable, en relatif, rejoint le clan des admirateurs du show business du pouvoir. Cette presse admiratrice a  abdiqué pour endosser les habits de ce commerce du pouvoir. Elle fait exactement ce qu’il veut en gros, et les légers débordements d’indiscipline simulent l’indépendance. L’expression informative et critique devient, elle, une grande muette.

 

En couverture  du numéro 1864 du Point, « La Présidente ». On est au bord de l’overdose du pipole, pire, de cette gentille collusion entre pouvoir politique et presse d’opinion…

Presse d’oignons, à pleurer sa race de journalistes.


Il y a quelques semaines, je me disais, ouf, la presse a levé le pied sur sa couverture de Sarkosy & Co. Ce n’était qu’une rémission. La monomanie est revenue, l’asphyxie reprend. C’est le moment choisi par le chef de l’Etat pour faire aimer sa nouvelle épouse.

Le dossier « La Présidente » ouvre par un « reportage » 100% descriptif, où on sent le contentement du « journaliste » qui a pénétré dans l’hôtel particulier propriété de Carla Bruni. Une pénétration immobilière, certes, mais surtout une mise en scène, une commande voire. A-t-il conscience qu’il n’a fait là que de la publi-imagerie, du cirage de pompes ?

A propos de pieds, justement, on lit : « (…) Elle est comme ça, l’égérie de Nicolas Sarkozy. Aussi à l’aise dans ses ballerines de première dame que dans ses Converse de « meuf » sympa (…) ». Ô my God, quelle phrase, quelle trouvaille stylistique ! Elle est, précisément, un signe extérieur du caractère ridicule de l’opération, de son rendu, de sa texture. Le diablotin se loge dans les détails. Ecrire « Converse » plutôt que « baskets », ça fait porte marque - quelle marque, n’est-ce pas, qui ne rêve pas de porter ces insipides baskets, impropres au sport, à l’aération des panards, juste des machins pour se filer des ampoules l’été-, ça fait vie de postures. « Avoir » vaut mieux que « être ». On est dans l’esthétique de la parution, plutôt que dans celle de l’apparition. On rêverait d’esthétique de la disparition. Aller, restons SOFT, d’esthétique de la discrétion.

 

Et le reporter mondain pénétré dans l’immobilier de La Présidente conclut : « Une ultime question nous [lui surtout] brûle les lèvres. On se lance [courage !] : soutiendra-t-elle la France ou l’Italie lors du prochain Euro de football ? Elle fait silence. Se mord les lèvres. Se tord les doigts. « Mon cœur est embêté », dit-elle joliment. Avec, au fond des yeux, quelque chose des tifosi. »

Il est bien le seul à se brûler les lèvres pour une question aussi tiédasse, et à trouver « jolie » la réponse de Madame. De l’air s’il vous plaît, c’est si beau qu’on étouffe. Le Point qui essaye de faire du Paris-Match, et qui n’y arrive pas, c’est pathétique.

 

Le journalisme est-il dans un sarcophage ?

A voir la capacité de reproduction de couvertures de presse sur Sarkosy & Co, on se dit que ces étendards sur papier glacé et écrans électroniques, remplacent les effigies obligatoires et omniprésentes que les chefs d’Etat dictatoriaux faisaient monter : je suis partout, je vous regarde, je vous contrôle, regardez-moi, admirez-moi, détestez-moi, je suis parmi vous, je suis l’unique, l’élu au-dessus de vous tous.

Ici, c’est la démocratie. Et la presse démocratique, l’air de rien, est une complice active et obéissante de cette monomanie de l’image, des images, des icônes autour du pouvoir présidentiel.

 

La presse dite généraliste a du mal à vivre. Si elle n’était pas, en France, la propriété d’hommes d’affaires, pour qui elle est un caprice, service compris, peut-être survivrait-elle autrement. Peut-être, aussi, qu’elle ne serait pas viable, et qu’elle disparaîtrait.  Personne n’oblige un journaliste à tomber aussi bas.

 

Ainsi va, la télé générale est dominée par la caste des animateurs qui, faute de talent, essayent de gagner le maximum d’argent. Et la presse générale, elle, est animée par des journalistes pipo-pipole, à genoux, dont la plume n’est trempée ni dans l’encre critique, ni dans celle du style. Le style, c’est l’homme, non ? Le Point, comme beaucoup d’autres avant lui ces derniers temps, se désincarne, se déshumanise, devient une chambre d’enregistrement et de reflets d’images monolithiques de politique et de société.

 

Par antonin sisteron - Publié dans : Mediapsycho
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